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Vécus...


Quarante années passées à faire l'âne pour avoir du son

Le savoir-faire du montage musical dans la réalisation sonore.


En début de carrière, sans formation aucune, le problème des loupés indélébiles dans des versions artistiques souvent fameuses, m'a interpellé.

On ne devait faire entendre ces incidents au prétexte que l'interprétation était au sommet. Il fallait trouver moyen d'y remédier. Bien sûr, et sans que je le sache dans mon auto didactisme, les "collègues formés" avaient leur méthode.

Moi seul, sans conseil aucun aux alentours, (je n’ai jamais vu aucun collègue formé travailler, ni au tournage, ni aux séances de montage) je me suis mis à tenter de couper la bande magnétique d'alors et ajuster pas à pas l'amont et l'aval des coupes.

Vaste intention et dur le résultat sonore, car bien entendu la musique n'allait pas se laisser faire par un rigolo prétentieux équipé de ciseaux !

Tout d'abord le repérage de la coupe sur les deux versions promises au mariage.

La bande magnétique au contact de la tête de lecture recevait en son dos une marque crayon gras, après moult ripages devant elle. Il fallait synchroniser l'oreille et l'œil, inutile de vous décrire le son ramené de 38 cm/seconde à quasiment rien.

Identifier le lieu absolu de l'attaque de la note à placer, surtout environnée d'un magma de sons résidentiels divers ou d'autre notes en cours s'avérait aussi facile qu'impossible et surtout aléatoire. Lorsqu'on se pensait bien placé, on allait, souvent bien loin sur la bande, sinon sur une autre galette, appréhender l'aval qui allait recevoir le lieu repéré. Même ouvrage et même punition.

Coupures et collages, audition et consternation, car souvent rien n'allait et servir l'acte opératoire eut été pire que la maladie.

Il fallait donc adapter...aux ciseaux...décoller, ablationner parfois quelques dixièmes de secondes, recoller, écouter et refaire jusqu'à perfection.

Perfection, soit inaudibilité de l'action, sachant que l’acoustique résiduelle incompatible vous renvoyait à l'ajustage, il suffisait d'un poil de seconde de durée au jeu entre deux notes pour vous faire à l'idée que la compatibilité était allée se faire voir par un monteur plus génial.

Donc il fallait trouver un aval ou amont plus compréhensible, d'où l'indispensable stock de prises disponibles, bonnes et aimables.
Il a fallu, quelques fois procéder au montage par paliers, à savoir se retrouver avec la bande sectionnée en trois ou quatre bouts collés en accordéon, ce qui s'apparentait plus à de la recréation (pas récréation) du continuum musical.

Et cela marchait, il me souvient avoir passé quatre heures pour éliminer UNE note surnuméraire dans une folle accélération de mêmes notes dans une pièce italienne surchargée de noir (Notes). Cela a abouti.

Ceci fut le principal apport après la mise en scène sonore, dans ma vie, au résultat artistique des enregistrements que j'ai menés.

Et en attendant de m'offrir le numérique, j'ai pratiqué la chirurgie musicale de 1972 à 1996. M'étant pourtant équipé de numérique dès 1989, j'ai préféré poursuivre mes ablations sous Dolby SR sur des prises digitales, afin d'exploiter encore mon savoir-faire, jusqu'à l'apparition de la DAT Station 7700 de Sony, qui me donnera la possibilité de bénéficier de ce savoir-faire, car l'identification des coupes se faisait alors à la milliseconde, mais d'une façon analogue en repérage.

C'est en déposant mes ciseaux que j'ai déterminé ma faculté passée dans le repérage, certains bouts de bande mesuraient (j'en ai gardé) vers les 3 ou 4 dixièmes de millimètre, soit à 38 cm/seconde, vers le 380 ième de seconde.
Et désormais nous voilà à la milliseconde, ce qui loin de faciliter, complique, car nous allons plus loin dans nos mariages.

Et en reprenant les meilleures bandes sonores analogiques, en numérisant, on arrive à peaufiner évidemment.

Au titre de la détermination, je dirais, pourquoi laisser des loupés alors que la version est belle ? Pourquoi aussi laisser des moments de musique interprétativement fabuleux, dans une version moins bonne par ailleurs.

En mariant les très bonnes choses, je me suis voulu, en toute prétention, l'interprète de l'interprète. Pour la plus grande gloire du compositeur. Et ne parlez pas de triche, la rigueur des versions interprétatives nécessite un niveau musical absolu. Le montage musical n’a jamais aidé un musicien à se montrer exceptionnel, au contraire.

A noter qu'au début de la méthode numérique, il était aisé de repérer ceux des collègues qui n'avait pas su pratiquer ce qui précède, comme quoi même cette sorte de progrès ne compense pas l'incompétence d'oreille ou de doigts.

La raison qui m'avait fait attendre 1996 pour passer au montage numérique réside dans le fait que les multiples possibilités cybernétiques me rebutaient, en effet il y a altération dynamique entre les supports numériques introduits dans les machines ordinateurs ou autres cartes numériques, sans oublier la connectique. Il faut entrer le document en machine, puis une fois peaufiné le ressortir, d'où première altération. Dans la Datstation tout se fait de support à support dans la machine par lien de circuit à circuit. Pas d’altération possible, donc.

Il faut savoir aussi que si le propos musical est d'ordre ton sur ton, à savoir les générations de capture peu ou pas soumises au naturel acoustique, ne souffrent de rien, jamais, alors qu'un enregistrement où le silence est habité, voire musique, c'est à dire lorsque la prise de son est menée de façon à entendre les murs chanter, la fragilité du "plus" fait mourir le supplément voulu. Gommé absolument !

Les méthodes acousticides manière MPcombien, font entendre en aval de leur imputation, un beau violon Stradivarius devenu un bon violon d'études et de plus rendent sourds leurs adeptes, non pas qu'ils entendent plus, mais mal.

Sans oublier le goût sonore du naturel violé.
Ces victimes recherchent désormais l'absolu sonore affreux, et passent à côté du naturel rendu !

Malédiction pour l’avenir gustatif.

Un artisan du son é-mérite....pas ça !

Robert Baum.

L'Acémaphone

L'artisan du son émérite est l'heureux propriétaire d'un matériel ancien d'enregistrement sonore racheté aux domaines dans les années 1970.

Dont un exemplaire de l'Acémaphone, magnétophone portatif à manivelle et électronique à tubes, produit dans les années 50 par Yves Sgubbi à Nice, décédé en 1985. Modèle SPM 59.
Un des rares matériels sonores professionnels français à cette époque.

L'engin que j'ai employé autour de 1970 dans les rallyes de chasse au son organisés par le CAERS : Club Alsacien d'Enregistrement et de Reproduction Sonores, est aussi atypique de nos jours, qu'insolite.

A l'époque de sa construction le problème du stockage et de la consommation électrique autonome par d'énormes piles sèches, coûteuses, lourdes et surtout d'autonomie réduite avait amené le constructeur à opter déjà, pour une solution hybride comme de nos jours dans l'automobile.

L'engin enregistrait sur un ruban magnétique 6,35mm en pleine piste monophonique donc, et à 19,5 cm/s.

L'appareil pour la partie électronique était à tubes, le transistor n'avait pas encore conquis le marché, et pour la partie mécanique, à manivelle...!

Fallait de l'huile de coude à l'opérateur et de bons yeux, car lors de l'enregistrement en bandoulière, micro à la main il lui fallait autant surveiller le niveau sonore au vu-mètre, que le voyant lumineux qui allumé plein pot témoignait de la bonne vitesse en fonction du ressort à manivelle remonté.

Dès lors que ce témoin flageolait il était urgent de cesser l'enregistrement et de maniveller pour remonter le ressort et retrouver la bonne vitesse. Inutile de vous décrire l'allure de l'enregistrement lu sur un matériel fixe autorégulé en permanence s'il y avait eu baisse de vitesse variable en cours.

C'était le prédécesseur du fameux Nagra à manivelle de l'époque.
Réservé à l'interview donc, car enregistrer au vol manière chasse au son s'avérait largement hasardeux, d'où l'utilisation par la RTF.
Cet appareil trône dans mon auditoir, n'ayant plus été employé depuis quarante ans, et surtout sans pile, devenue introuvable, ne peut plus s'utiliser, par contre il existe des enregistrements documents de son cru.

Dans mes travaux conservatoires je compte bien les numériser et proposer des extraits de rallyes de chasse au son, issus non seulement de l'Acémaphone, mais de multiples équipements des caersiens de l'époque.

Dans l'insolite, pareillement acquis de la RTF, un superbe Belin, fixe lui (et il vaut mieux, pèse des tonnes), qui m'a aussi servi dans le cadre des séances collectives d'enregistrement. Lui est pareillement monophonique pleine piste et à lampes, mais pas de manivelle heureusement.

S'il est des curieux collectionneurs je me propose d'en servir des copies uniques sur CD-R, ceci lorsque j'aurai pu collecter et numériser, j'aviserai en son temps.

Hammerflügel. L’enthousiasme d’un enthousiasmé...

Jammerflügel, oserais-je, car la salle des princes de l'abbaye St Colomban s'offrait toute nue, sans chaises ni tapis, avec au milieu le superbe Balaschovits de l'ami Verry, sonnant divinement en dépit d'une acoustique de salle de bain. Damnation, comment faire entendre un forte piano schubertien de trop prés, Ce serait iconoclaste majuscule, or chaque centimètre d'atmosphère des princes génère une dimension pas désirée.

Il est vrai que l'image sonore s'avère insolite, les enchaînements de notes manipulées adroitement par François fusent et font rugir le piano, des sons annexes finalement savoureux se font entendre, on habite le piano, on y a trouvé refuge (aie, un marteau m'a frappé le doigt avancé pour toucher) avec assez de distanciation pour apprécier la mécanique d'un autre âge et ses harmoniques folles, riches et nombreuses. Par moment le frisson vous habite l'échine, et le défaut de la cuirasse s'avère richesse.

A ce stade de ma réflexion, il me vient une envie de légende, recueillir l'avis des deux compositeurs, Schubert et Mendelssohn, pas uniquement sur le rendu musical de l'interprétation de François, mais sur l'ensemble, ont-ils jamais pu entendre leur musique en pareil décor ? Certainement, mais faisons-nous plaisir !
Une chose est quasi certaine, ce Balaschovits construit à l'époque de ces compositions a certainement connu ces pièces sous des doigts d'époque.
Totale authenticité, on réunit la musique, le piano, les compositeurs de la même époque, sauf François trop jeune, mais quel interprète, là aussi l'avis des deux papas me comblerait. C'est où le plus proche medium ? Allo ?

En attendant chez St Colomban, on musique dans le grand escalier, les notes volent au rendez-vous des oreilles, rien ne s'égare, tout parvient.
Les conditions sont parfaites, le site est à nous, rien ni personne nulle part, nous à trois, François au piano (tiens ?) son épouse dans la partition à mes côtés et moi, toujours fier je parle de moi, à ma console (de quoi ?). Même la base aérienne de Luxeuil les Bains à mis ses tôles volantes au hangar.
Peut-on rêver d'autres joies solitaires autour des marteaux gainés de cuir qui percutent mélodieusement des cordes qui ne leur ont rien fait ? Ceci sur l'ordre de Franz et Félix !

La musique jaillit avec volupté des "en saintes" et m'emporte vingt quatre années en arrière, les astronomes ne sont plus les seuls à remonter le temps l'oeil collé à leurs lunettes, sans parvenir à la super nova, mes oreilles remontent de près d'un quart de siècle des événements moins spectaculaires....encore que ?

Parole d'artisan du son émérite, il fait bon être retraité avec un décor sonore pareil. Tu produis ça dans une maison de retraite et pari pris, ou les résidents meurent dans la joie ou en redemandent. Moi j'écoute comme mes discophiles, en égoïste, que ceux qui veulent leur part viennent acheter le CD. Non mais ?

Quitte à passer pour un radoteur, j'ai vécu ces sons sur le lieu, sur la bande analogique de l'époque (1985) en numérisant la bande 24 ans plus tard, sur la DAT obtenue, et maintenant sur le disque source destiné à multicopier les CDR. Croyez-moi ou pas, jamais la spatialisation de la mise en scène sonore m'avait frappé autant, tout est dimensionné, le défaut acoustique devient qualité, un plus qui vous est offert par le décor, vive la salle des princes et St Colomban, moine irlandais venu enseigner catholiquement ce coin de Saône il y a ...pfuuuuu...Longtemps !

François Verry a sa part de mérite, il a joué ces musiques, si, je témoigne ! St Colomban n'a pas tout fait, même avec ma complicité.

Redevenons sérieux, lorsque j'ai rencontré François, il était parti pour faire bien des choses musicales reconnues, qu'il a faites, l'un de ses maîtres que j'ai pratiquée dix ans plus tôt, Hélène Boschi, serait fière. Hélène avait un caractère entier mais était d'une sensibilité exacerbée et s'attachait très volontiers à ceux qu'elle enseignait ou qui l'ont, comme moi, fait souffrir par Bach enregistré : Concerto Italien !

Je pense que nous avons su collaborer en bonne complicité, François et moi, et nous avons donné du temps au tempo, une année s'est écoulée entre notre premier rencontre, en gare de Strasbourg, lui le béret sur le chef et moi l'amplitude de mes sous-pectoraux en avant toute, et l'aboutissement de la galette noire en vinyle d'époque. A présent celle plus audionumérique donne une dimension bien plus grande à la très belle interprétation de ce fabuleux fortepianiste. Jorg Demus, autre maître et complice en musique, devrait apprécier autant.

Sentencieux : lorsqu'on a produit de belles choses on peut mourir heureux, mais en attendant souffrons un peu encore, hein ?

Robert Baum.

PARU ! Tamino SPM 1465 401 CDR
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L'ULTIME REALISATION SONORE DE L'ARTISAN DU SON.

PARU - DISPONIBLE. Documentation dans ce site

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L’orgue Claude Ignace Callinet d’Oberhergheim
Marie Faucqueur - Cyril Pallaud
Disque Pamina SPM 1695 396 CD : 71'72"

A.P.O.C.O. Association pour la promotion de l'Orgue Callinet d'Oberhergheim 1853.
Une association destinée à gérer l'avenir d'un instrument prestigieux, le meilleur de Claude Ignace Callinet (1803-1874), fils cadet de François Callinet (1754-1820).

Fondée à la suite du relevage de l'orgue en 2005 par Jean-Christian Guerrier, cette association a entrepris de faire mieux connaître cet instrument exceptionnel, par la réalisation d'un disque.

Alors, l'artisan du son sur le point de se retirer a vu arriver ce dont l'actuelle famille d'organistes peut être fière.

Des jeunes. Une génération de filles et garçons qui ont bénéficié des talents de professeurs actuels, jeunes eux aussi encore, formés aux grands anciens qui nous quittent ou nous ont quittés. Un renouveau de grande qualité, qui vous épate par son aise et la qualité de maîtrise de l'instrument et du texte. Mais aussi, parce qu'ils "collent" aux spécificités des orgues qu'ils investissent et servent.

Le vieux capteur de sons et metteur en scène sonore amené à collaborer avec des jeunes, qui "pèsent" le tiers de son âge, a été heureux d'apporter son savoir-faire à un projet musicologiquement étonnant, car l'heureux instrument donne toute sa palette organologique sous les doigts talentueux de Marie Faucqueur et de Cyril Pallaud.

Mieux encore, cet enregistrement préside à la naissance du Festival International Callinet dont la première saison débutera dès la parution de cet enregistrement en Mai 2008.

L'artisan du son aura ainsi bénéficié d'un plateau de qualité pour signer sa dernière réalisation sonore. Il y avait encore tant de choses à faire en matière d'orgues historiques retrouvées ou à retrouver en Alsace, et en Lorraine. A l'issue d'une carrière de trente-six ans, il fallait trouver une occasion exceptionnelle pour conclure, aussi !

La palette musicale de ce programme est ainsi faite qu'elle anime toutes les caractéristiques de cette tribune. L'instrument a besoin d'un complément de restauration, mais sur le plan sonore il est dans une forme satisfaisante.

Robert Baum, artisan du son émérite.
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Nouveautés 2007.

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Intégrale de l'Orgebüchlein de Bach avec les chorals et trois grands préludes et fugues.

Anne-Marie Heinrich soprano, Anne Schlick mezzo,
Jean-Louis Thomas à l’orgue Muhleisen de Marckolsheim

Double CD du trentième anniversaire des Editions Sonores SPM 1977 > 2007

Pamina SPM 1648 394 CD

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