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Vécus...


Quarante années passées à faire l'âne pour avoir du son

L'Acémaphone

L'artisan du son émérite est l'heureux propriétaire d'un matériel ancien d'enregistrement sonore racheté aux domaines dans les années 1970.

Dont un exemplaire de l'Acémaphone, magnétophone portatif à manivelle et électronique à tubes, produit dans les années 50 par Sgubbi à Nice. Un des rares matériels sonores professionnels français, et vu le nom et la situation géographique, tout juste...

L'engin que j'ai employé autour de 1970 dans les rallyes de chasse au son organisés par le CAERS : Club Alsacien d'Enregistrement et de Reproduction Sonores, est aussi atypique de nos jours, qu'insolite.

A l'époque de sa construction le problème du stockage et de la consommation électrique autonome par d'énormes piles sèches, coûteuses, lourdes et surtout d'autonomie réduite avait amené le constructeur à opter déjà, pour une solution hybride comme de nos jours dans l'automobile.

L'engin enregistrait sur un ruban magnétique 6,35mm en pleine piste monophonique donc, et à 4,75 cm/s.

L'appareil pour la partie électronique était à tubes, le transistor n'avait pas encore conquis le marché, et pour la partie mécanique, à manivelle...!

Fallait de l'huile de coude à l'opérateur et de bons yeux, car lors de l'enregistrement en bandoulière, micro à la main il lui fallait autant surveiller le niveau sonore au vu-mètre, que le voyant lumineux qui allumé plein pot témoignait de la bonne vitesse en fonction du ressort à manivelle remonté.

Dès lors que ce témoin flageolait il était urgent de cesser l'enregistrement et de maniveller pour remonter le ressort et retrouver la bonne vitesse. Inutile de vous décrire l'allure de l'enregistrement lu sur un matériel fixe autorégulé en permanence s'il y avait eu baisse de vitesse variable en cours.

C'était en somme l'équivalent du fameux Nagra à manivelle de l'époque.
Réservé à l'interview donc, car enregistrer au vol manière chasse au son s'avérait largement hasardeux, d'où l'utilisation par la RTF.
Cet appareil trône dans mon auditoir, n'ayant plus été employé depuis quarante ans, et surtout sans pile, devenue introuvable, ne peut plus s'utiliser, par contre il existe des enregistrements documents de son cru.

Dans mes travaux conservatoires je compte bien les numériser et proposer des extraits de rallyes de chasse au son, issus non seulement de l'Acémaphone, mais de multiples équipements des caersiens de l'époque.

Dans l'insolite, pareillement acquis de la RTF, un superbe Belin, fixe lui (et il vaut mieux, pèse des tonnes), qui m'a aussi servi dans le cadre des séances collectives d'enregistrement. Lui est pareillement monophonique pleine piste et à lampes, mais pas de manivelle heureusement.

S'il est des curieux collectionneurs je me propose d'en servir des copies uniques sur CD-R, ceci lorsque j'aurai pu collecter et numériser, j'aviserai en son temps.

Hammerflügel. L’enthousiasme d’un enthousiasmé...

Jammerflügel, oserais-je, car la salle des princes de l'abbaye St Colomban s'offrait toute nue, sans chaises ni tapis, avec au milieu le superbe Balaschovits de l'ami Verry, sonnant divinement en dépit d'une acoustique de salle de bain. Damnation, comment faire entendre un forte piano schubertien de trop prés, Ce serait iconoclaste majuscule, or chaque centimètre d'atmosphère des princes génère une dimension pas désirée.

Il est vrai que l'image sonore s'avère insolite, les enchaînements de notes manipulées adroitement par François fusent et font rugir le piano, des sons annexes finalement savoureux se font entendre, on habite le piano, on y a trouvé refuge (aie, un marteau m'a frappé le doigt avancé pour toucher) avec assez de distanciation pour apprécier la mécanique d'un autre âge et ses harmoniques folles, riches et nombreuses. Par moment le frisson vous habite l'échine, et le défaut de la cuirasse s'avère richesse.

A ce stade de ma réflexion, il me vient une envie de légende, recueillir l'avis des deux compositeurs, Schubert et Mendelssohn, pas uniquement sur le rendu musical de l'interprétation de François, mais sur l'ensemble, ont-ils jamais pu entendre leur musique en pareil décor ? Certainement, mais faisons-nous plaisir !
Une chose est quasi certaine, ce Balaschovits construit à l'époque de ces compositions a certainement connu ces pièces sous des doigts d'époque.
Totale authenticité, on réunit la musique, le piano, les compositeurs de la même époque, sauf François trop jeune, mais quel interprète, là aussi l'avis des deux papas me comblerait. C'est où le plus proche medium ? Allo ?

En attendant chez St Colomban, on musique dans le grand escalier, les notes volent au rendez-vous des oreilles, rien ne s'égare, tout parvient.
Les conditions sont parfaites, le site est à nous, rien ni personne nulle part, nous à trois, François au piano (tiens ?) son épouse dans la partition à mes côtés et moi, toujours fier je parle de moi, à ma console (de quoi ?). Même la base aérienne de Luxeuil les Bains à mis ses tôles volantes au hangar.
Peut-on rêver d'autres joies solitaires autour des marteaux gainés de cuir qui percutent mélodieusement des cordes qui ne leur ont rien fait ? Ceci sur l'ordre de Franz et Félix !

La musique jaillit avec volupté des "en saintes" et m'emporte vingt quatre années en arrière, les astronomes ne sont plus les seuls à remonter le temps l'oeil collé à leurs lunettes, sans parvenir à la super nova, mes oreilles remontent de près d'un quart de siècle des événements moins spectaculaires....encore que ?

Parole d'artisan du son émérite, il fait bon être retraité avec un décor sonore pareil. Tu produis ça dans une maison de retraite et pari pris, ou les résidents meurent dans la joie ou en redemandent. Moi j'écoute comme mes discophiles, en égoïste, que ceux qui veulent leur part viennent acheter le CD. Non mais ?

Quitte à passer pour un radoteur, j'ai vécu ces sons sur le lieu, sur la bande analogique de l'époque (1985) en numérisant la bande 24 ans plus tard, sur la DAT obtenue, et maintenant sur le disque source destiné à multicopier les CDR. Croyez-moi ou pas, jamais la spatialisation de la mise en scène sonore m'avait frappé autant, tout est dimensionné, le défaut acoustique devient qualité, un plus qui vous est offert par le décor, vive la salle des princes et St Colomban, moine irlandais venu enseigner catholiquement ce coin de Saône il y a ...pfuuuuu...Longtemps !

François Verry a sa part de mérite, il a joué ces musiques, si, je témoigne ! St Colomban n'a pas tout fait, même avec ma complicité.

Redevenons sérieux, lorsque j'ai rencontré François, il était parti pour faire bien des choses musicales reconnues, qu'il a faites, l'un de ses maîtres que j'ai pratiquée dix ans plus tôt, Hélène Boschi, serait fière. Hélène avait un caractère entier mais était d'une sensibilité exacerbée et s'attachait très volontiers à ceux qu'elle enseignait ou qui l'ont, comme moi, fait souffrir par Bach enregistré : Concerto Italien !

Je pense que nous avons su collaborer en bonne complicité, François et moi, et nous avons donné du temps au tempo, une année s'est écoulée entre notre premier rencontre, en gare de Strasbourg, lui le béret sur le chef et moi l'amplitude de mes sous-pectoraux en avant toute, et l'aboutissement de la galette noire en vinyle d'époque. A présent celle plus audionumérique donne une dimension bien plus grande à la très belle interprétation de ce fabuleux fortepianiste. Jorg Demus, autre maître et complice en musique, devrait apprécier autant.

Sentencieux : lorsqu'on a produit de belles choses on peut mourir heureux, mais en attendant souffrons un peu encore, hein ?

Robert Baum.

PARU ! Tamino SPM 1465 401 CDR
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Les bonnes critiques de nos disques d’orgue.

Les Derniers Préludes et Fugues de Johann Sebastian Bach
Orgue Felsberg de la Collégiale Saint Martin de Colmar
1985. Tricentenaire Bach.


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Martin Gester à l’orgue Felsberg de la collégiale Saint Martin de Colmar. Pamina SPM 1456 370 CD

Revue Répertoire, Avril 2001

Quelle merveilleuse idée de rééditer cet ensemble de grands préludes et fugues : on finirait par oublier qu’avant d’être le chef audacieux du Parlement de Musique, Martin Gester fut et demeure un organiste à la technique éblouissante et à la musicalité passionnante.
Ce disque semble avoir été son premier enregistrement. On reste ébloui par tant de maturité et de sureté dans la conception de ces grandes pages qui, à l’exception du Prélude et fugue BWV 547, appartiennent à cette théatralité si chère à Bach, avec ses affects liés à l’affliction, la douleur et l’émotion la plus universelle. Proches d’ouvertures de cantates (BWV 546), de concertos italiens (BWV 548) ou d’ouvertures à la française “détournées”, ces oeuvres monumentales sont souvent victimes de leur réputation intimidante et d’une tradition d’interprétation...massive.
Martin Gester préfère imprimer un souffle dramatique puissant dans un tempo à la fois directif et impérieux, dont l’articulation du détail donne le sens orchestral. C’est diablement bien vu dans le Prélude en si mineur, la Toccata en mi mineur ou l’Ouverture à la française pour clavecin, mais aussi dans le Prélude en do mineur opposant statisme vertical et arcs mélodiques lumineux et inespérés, ou le Prélude en mi, ici accompagné d’une fugue exceptionnellement éloquente et expressive. L’articulation du Prélude en Ut Majeur BWV 547 est particulièrement intelligente et souple. Elle donne une énergie et une élégance rare au thème si souvent assimilé à une gigue modérée ou à un Ländler d’un goût...particulier. La fugue contient quelques scories, mais est impressionnante de force et de clarté tranquilles.
Un disque très remarquable dans un programme idéal malheureusement bien trop court...

Philippe Ramin

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Les bonnes critiques de nos disques d’orgue.

Claude Schnitzler à l’orgue Silbermann d’Ebersmunster. Pamina SPM 0523 374 CD

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Revue DIAPASON, Juillet 2002

YYYYY : cinq diapasons

Retrouvé avec grand plaisir lors de la reprise de l’unique CD consacré à André Raison (Silbermann de Marmoutier, Pamina) Claude Schnitzler, “délaissant” ses activités de chef d’orchestre, nous revient avec une nouveauté en forme d’évènement : on redécouvre, après restauration, l’admirable et célèbre André Silbermann d’Ebersmunster (29/III+Péd.), aussi chatoyant et lumineux que l’église qui l’abrite. La vie émanant de cette gravure est proprement renversante - avec comme corrolaire une inégalité expressive relativement peu marquée et un souci de la rhétorique sans doute moins essentiel que dans nombre d’autres versions. Ici, la musique fuse et sonne pour le plus grand bonheur des sens, emportant tout sur son passage. L’impact est saisissant, à l’instar de la faconde instrumentale, cependant que cette redécouverte rétablit l’équilibre entre les Silbermann de Saxe (largement favorisés par le disque ces dernières années) et ceux d’Alsace.
A noter qu’une fois encore le nom de Gaston Kern (qui a restauré l’orgue) se fait synonyme de superbe réussite. Une merveille.

Michel Roubinet

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Les bonnes critiques de nos disques d’orgue.

Sylvain Ciaravolo à l’orgue Ahrend de Mahlberg. Pamina SPM 1664 372 CD
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Revue DIAPASON, Juin 2002

YYYYY : cinq diapasons

Lumineuse démonstration : ce n’est pas dans le nombre des jeux que réside la grandeur d’un orgue. Du moins si l’on sait s’en tenir à une esthétique précisément établie, même restituée en toute liberté, ici un baroque allemand chambriste et polyvalent, Jürgen Ahrend ayant logé les seize jeux de ce superbe deux claviers dans un buffet doré inspiré de Silbermann. Chaque registre est à portée d’oreille, l’interprète s’en trouvant particulièrement exposé. Sylvain Ciaravolo en profite pour brosser un portrait de Bach alliant fraîcheuret acuité, d’une belle vivacité mais sobrement registré, jouant du rapport dynamique des deux claviers, sans réelle hiérarchie, pour parler d’égal à égal, l’un principalisant, l’autre en flûtes et bourdons avec Sesquialtera et Dulcian. De la chatoyante virtuosité de la gigue couronnant une Pastorale radieuse au chant pur du Schmücke dich, o liebe Seele, d’une véhémente Pièce d’orgue (le Gravement sur trompette de pédale en impose !) au flamboyant Ut Majeur BWV 545 (entrecoupé du Largo de la Sonate en trio n°5) en passant par un choix de chorals et deux trios d’une poésie franche, un récital séduisant et singulier, instrumentalement éloigné des monuments baroques si prisé mais nullement dépourvu de grandeur.

Michel Roubinet